Archives mensuelles : juillet 2016

Les orgues et les macareux de Staffa (photos)

Staffa est peut-être le seul lieu d'Écosse pour lequel l'équivalent en gaélique (Stafa) est prononçable par le commun des mortels. C'est aussi, sans aucun doute, le site naturel le plus saisissant que j'aie jamais vu.

Il s'agit d'une toute petite île balayée par les vents, au large de l'île de Mull, dans l'océan Atlantique. Elle est très particulière au niveau géologique, puisque son sol repose sur des « orgues basaltiques » : d'étranges formations hexagonales qui semblent artificielles tant leurs formes sont d'une régularité exemplaire. Elles sont pourtant totalement naturelles : elles résultent de la contraction thermique par refroidissement d'une coulée de lave. L'île de Staffa, d'origine entièrement volcanique donc, est composée de différentes couches empilées les unes sur les autres, à la manière d'une galette fraise-vanille-chocolat : en bas, du tuf (des débris volcaniques consolidés dans l'eau, qui servent de fondation à l'île) ; au centre, les fameuses orgues basaltiques (de type géométrique) ; en haut, l'entablement (la partie supérieure de l'île, faite de basalte également, mais dont les formes sont beaucoup plus grossières et totalement irrégulières). Pour couronner le tout, l'érosion a fait son œuvre durant des millions d'années et a creusé d'impressionnantes grottes au cœur même de l'île, la plus connue étant Fingal's Cave, que l'on peut observer sur la première photographie ci-dessous.



Pour nous rendre sur Staffa, nous avons emprunté un petit bateau qui, depuis le port de Fionnphort, au sud-ouest de l'île de Mull, a tracé à vive allure sous la pluie et dans les embruns. Une fois sur l'île, les averses, associées à un vent très soutenu, ont rendu nos déplacements plus fastidieux. J'ai cassé mon parapluie (quelle idée, aussi, de l'ouvrir dans un endroit pareil !). Ma maman a quant à elle particulièrement souffert de l'environnement et du climat austères de l'île et a par ailleurs détesté le voyage en bateau, surtout celui de retour durant lequel la houle était beaucoup plus sévère. Gaëlle était pour sa part partagée entre fascination (pour cette merveille naturelle plantée au milieu de nulle part) et exaspération (envers la météo pourrie). Elle était aussi très inquiète pour sa grand-mère. Andrew, Léah et moi avons adoré le voyage de bout en bout, y compris le retour houleux en bateau, au cours duquel nous sommes restés, seuls, sur le petit pont supérieur, prenant la pluie, l'eau salée et le vent en pleine figure. Une expérience mémorable. — Je ne sais pas nager, mais j'adore la mer.

Sur Staffa, outre les curiosités géologiques, on peut observer des colonies de macareux moines (atlantic puffins en anglais). Ce sont de drôles de petits oiseaux qui vivent la plupart du temps en mer, mais qui font leur nid au bord des falaises de l'Atlantique Nord au moment de la reproduction. Ils sont extrêmement peu farouches, au point qu'on peut sans peine approcher un objectif d'appareil photo à cinquante centimètres de leur tête sans les effrayer. J'ai sur mon ordinateur des dizaines de clichés de ces petits bonshommes. Certains sont particulièrement réussis (notamment plusieurs sur lesquels l'on voit un macareux faire du surplace en volant contre le vent), mais mon appareil photo a beaucoup souffert de l'expérience : les deux objectifs se sont gorgés d'humidité qui, avec la condensation, a fini par former de la buée à l'intérieur même de l'optique. Rien de grave, mais je n'ai plus pu utiliser mon appareil correctement durant le reste de la journée. Nooon, je ne regrette rien.





It's a Long Way to Tobermory (photos)

Ce mardi, nous sommes allés visiter le burgh de Tobermory, sur l'île de Mull. Pour s'y rendre depuis Oban, il faut emprunter un ferry de la compagnie Caledonian MacBrayne faisant la liaison jusqu'au village de Craignure (un bled paumé qui ne semble exister que pour son terminal de ferry), puis prendre un bus qui serpente le long de la côte est de l'île. Le trajet entier est un régal pour les yeux. Depuis le ferry, on peut voir les nombreux monts environnants ainsi que deux « attractions » : le château de Duart et Eilean Musdile, un îlot sur lequel est posé un phare construit en 1833 par l'ingénieur Robert Stevenson, grand-père de Robert Louis Stevenson. D'un côté du bus, on peut observer le Sound of Mull, le bras d'océan qui sépare l'île de Mull du « continent » (ou plutôt de l'île beaucoup plus grande qu'est la Grande-Bretagne) ; de l'autre, on peut contempler de nombreuses prairies en pente douce et, au loin dans la brume, des monts beaucoup plus imposants comme le Dun da Ghaoithe (766 mètres d'altitude). Quant à Tobermory, c'est un joli petit village touristique connu pour ses maisons colorées se reflétant dans l'eau (dont le niveau fluctue au gré des marées) et sa baie en forme de crique. Le temps a changé en cours de journée, passant de brumeux et pluvieux à nuageux mais ensoleillé. Ce changement inopiné de météo m'a permis de prendre des photos très différentes des mêmes lieux à l'aller et au retour du ferry.










Les phoques au large de Kerrera (photos)

Le Creagallan est un tout petit bateau qui fait des tours en mer autour d'Oban. Son équipage propose des parties de pêche en eau profonde ainsi que des excursions au large. Ce lundi, nous avons opté pour le sea trip d'une heure à la rencontre des colonies de phoques (femelles) qui se sont installées sur deux petits îlots rocheux proches de l'île de Kerrera. Nous quittons le quai sous une pluie lourde, mais très vite le temps s'améliore : comme souvent ici, les averses arrivent sans prévenir et s'arrêtent tout aussi rapidement. (Je commence à reconnaître les nuages chargés d'eau : ce sont ceux qui forment une couche plus sombre bien plus près du sol, devant toutes les autres couches de nuages — et des couches de nuages, il y en a beaucoup !) Le littoral vu depuis le bateau est superbe. Les phoques, quant à eux, ont un air sympathique et nonchalant. Ils ressemblent un peu à des chiens, mais se comportent comme des chats, affalés sur leur rocher et économisant tout mouvement inutile. Détail amusant : plusieurs phoques ont bougé leur queue à notre passage, un peu comme s'ils voulaient nous saluer (voir par exemple le phoque de gauche sur la cinquième photographie). Au retour, le bateau a également longé une ferme d'élevage de saumons.







Deux minutes de ressac (audio)

Enregistrement du ressac, sur une petite plage au nord d'Oban, remplie de méduses échouées. Il s'agit d'un ressac parfaitement normal, qui n'a strictement rien d'extraordinaire. Qu'est-ce que vous faites encore sur cette page ? Allez, retournez travailler ! Ou alors, si c'est la nuit et si vous avez du mal à vous endormir, vous pouvez passer cet extrait en boucle dans votre chambre. Tenez, je vous donne même le lien direct. Ne me remerciez pas, c'est tout naturel.

The road to Dunstaffnage Castle (photos)

Après la démonstration de cornemuse au château de Dunollie, Andrew et moi continuons la marche vers le château de Dunstaffnage (à vos souhaits !), situé sur un promontoire à environ cinq kilomètres au nord-nord-est d'Oban. Le chemin est de toute beauté, longeant la côte et plusieurs petites plages avant de s'enfoncer dans les terres. Le château de Dunstaffnage se mérite et la route pour y aller est paradoxale : elle se rallonge au fur et à mesure qu'on se rapproche. Ça devient même une sorte de running gag : des habitants de Dunbeg nous indiquent que le château « est pas loin, par là-bas » en nous montrant un sentier invisible ; un promeneur nous dit qu'il est « derrière les arbres » ; un panneau de fortune indique « Castle 400 m. », sans qu'aucun château ne soit visible à l'horizon. Finalement, nous le voyons enfin, ce château : il se trouve effectivement « derrière les arbres », sur un petit promontoire rocheux en bout de terre.














Le château de Dunollie (photos)

Lors de notre première journée complète à Oban, nous avons marché le long de la baie et à travers bois jusqu'au château de Dunollie, propriété du clan MacDougall (si vous êtes intéressé par l'histoire tumultueuse de ce clan, faite de batailles, d'exils et de renoncements, demandez à Andrew — et si vous ne connaissez pas Andrew, tant pis pour vous !). À quatorze heures, en haut de la colline, à côté de la vieille tour délabrée du vieux château datant du XVe siècle, un jeune cornemuseur est apparu et s'est mis à jouer (voir le post précédent pour quelques extraits sonores et des informations supplémentaires). Les photos du cornemuseur ont été prises par Andrew.





Joueur de cornemuse au château de Dunollie (audio)

Ce qui me touche le plus dans un morceau de cornemuse, c'est le court instant avant que la mélodie ne débute : le moment où le réservoir se remplit d'air pour la première fois et où l'instrument produit pendant quelques secondes une seule longue note plaintive. À ce moment-là, on sait qu'un son puissant va bientôt remplir l'espace sonore sans crier gare. J'avais déjà enregistré une joueuse de cornemuse dans une rue de Glasgow la veille, mais ce joueur-ci la surpasse. Il a commencé à jouer vers deux heures de l'après-midi au pied de la tour du château de Dunollie, au nord d'Oban. Mais il s'est mis à pleuvoir. Alors il a continué sa démonstration en contrebas, dans un espace boisé protégé par une large bâche. Des cinq extraits que j'ai enregistrés, les deux ci-dessous sont clairement les plus réussis en matière de restitution sonore. — À écouter de préférence avec des casques ou de bonnes enceintes acoustiques.


Arrivée à Oban (photos)

En début de soirée, après de nombreuses péripéties, nous arrivons enfin à notre appartement d'Oban. Il est situé au coin de la William Street et de la Corran Esplanade, au-dessus d'un magasin de bijoux. La propriétaire nous accueille avec du thé et des shortbreads et nous fait faire le tour de l'appartement. Nous sommes agréablement surpris : dans le salon, une large baie (vitrée) donne sur la baie (d'Oban) et sur les îles environnantes, perdues dans la brume. Il fait assez froid, très nuageux, il pleut et le vent est parfois piquant, mais si c'est le prix à payer pour avoir un si beau ciel, alors...



« Glasgow ne veut pas qu'on la quitte ! »

*

Nous étions pourtant arrivés bien à l'avance à la gare de Glasgow Central. Plus d'une heure à l'avance ! Le grand luxe, quoi. Nous avons même eu le temps de prendre un verre au pub de la gare et d'aller faire quelques courses. En bref : nous étions arrivés vers onze heures du matin alors que le train vers Oban, lui, ne partait qu'à midi dix-neuf.

Sauf qu'il ne partait pas de cette gare-là. C'est une blague ? Non. Si j'avais été un peu plus attentif, je me serais rendu compte que le train vers Oban partait de Glasgow Queen Street, une autre gare du centre-ville située à dix minutes environ de la Glasgow Central Station, où nous cherchions en vain sur les tableaux d'affichage un train vers notre destination.

Mais nous n'avions plus dix minutes devant nous et avons donc tristement raté le train. Une broutille : il nous a suffi de prendre le suivant... quatre heures plus tard.

*

Quatre heures plus tard donc, dans le train vers Oban. — Je voudrais aller aux toilettes, mais un gars près de la porte me fait savoir qu'elles sont hors-service (« It is brrroken »). Je lui demande s'il y en a d'autres dans le train. Il me répond que non, mais m'indique que... — Aucune idée de ce qu'il m'indique, je n'ai strictement rien compris ! Je lui demande donc de répéter plus lentement en lui précisant que je ne suis pas anglophone. L'explication est en fait très simple : si j'ai un besoin pressant, il faut que j'avertisse un membre du personnel de train. À la prochaine station, le conducteur arrêtera son véhicule le temps que je descende me soulager. C'est une blague ? Non, non.

*

Plus ou moins à la moitié du trajet Glasgow-Oban, une bonne partie des passagers de notre voiture descend. « Eh ben... Le train s'est bien vidé d'un coup », constate Andrew. De nouvelles personnes entrent. Sur le quai, des gens embarquent dans un train situé sur l'autre voie. La pièce tombe lorsqu'un des passagers crie dans un anglais difficilement compréhensible que notre train repart vers Glasgow. Si nous voulons continuer vers Oban, il faut changer. C'est une blague ? Eh non.

Panique à bord pour les cinq Belges. On range nos affaires en triple vitesse. Andrew court chercher ses bagages. En sortant du train, Léah oublie son smartphone (que je récupère). Gaëlle se met à pleurer. Elle quitte sa place en vitesse et, dans la précipitation, fait tomber l'un des objectifs de mon appareil photo. Moi qui d'habitude ai besoin de quatre contrôles pour être certain de ne rien avoir oublié, je dois me contenter d'un rapide coup d'œil sur notre ancien emplacement.

Deux gentils passagers nous aident à descendre nos bagages. Entretemps, Léah a demandé au conducteur de l'autre train d'attendre, conducteur qui s'est apparemment contenté de hausser les épaules et de déclarer l'équivalent de : « Ha bon ? Pas de problème. »

Finalement, rien n'a été perdu, rien n'a été cassé et nous avons repris la route vers Oban via un autre train dont les toilettes fonctionnent. Tout est bien qui finit bien. Reste l'angoisse liée à la question : « Qu'est-ce qu'on aurait fait si on n'était pas sorti du train à ce moment-là ; si personne ne nous avait prévenu ? » La réponse va de soi : on aurait attendu... le train suivant.