Déjà-vu

Dans le train me conduisant de Liège à Namur, vers 14h05, un peu avant d'arriver en gare de Huy, j'ai été troublé pendant une vingtaine de secondes par une puissante sensation de déjà-vu. (Je me suis dit qu'à partir d'aujourd'hui, je mentionnerais systématiquement dans ce blog ces manifestations et que je les taguerais [Déjà-vu], à l'instar de ce que je fais déjà pour les rares scènes de [Rêve].)

Cette sensation de déjà-vu arrive alors que je continue ma lente lecture des Recherches philosophiques de Wittgenstein... Paragraphe 68, je tombe sur une phrase anodine : « Et c'est bel et bien ainsi que nous employons le mot "jeu" ». Plusieurs choses se passent alors en une ou deux secondes : en lisant ce passage, je repense à un livre que j'ai lu il y a des années, Homo Ludens de Johan Huizinga, un brillant essai sur les jeux et la culture ; je relève la tête et j'aperçois un rayon de soleil qui, de biais, éclaire d'une façon assez complexe le siège vide devant moi. Je sursaute presque, mon cœur semble rater un battement : j'ai la très nette impression d'avoir vécu exactement la même chose, à savoir lire le même passage de ce même livre (que je n'ai pourtant jamais ouvert auparavant), penser à cet ouvrage de Johan Huizinga, alors que je suis dans un train désert roulant vers Namur, dans une certaine configuration de lumière. 

En trente secondes, la sensation s'est estompée. Mon cerveau est "retombé sur ses pattes". Une demi-heure plus tard, à la Brasserie Le Flandre à Namur, attendant la fin des cours à l'école de ma fille, je noterai sur mon PC le moindre détail... (La brasserie est à un pet d'oiseau d'une borne Wi-Fi "Telenet Hotspot", ce qui est parfait étant donné que mon abonnement Internet m'y donne accès gratuitement.)

Elles sont toujours aussi impressionnantes, ces sensations de déjà-vu/déjà-vécu, ces "hics" mémoriels que le cerveau semble "réparer" en quelques secondes... En cherchant un peu, j'apprends qu'il existe d'autres phénomènes apparentés, comme le "jamais-vu", qui est presque l'exact opposé du déjà-vu, à savoir l'impression d'observer une situation pour la première fois alors que l'on sait pertinemment qu'on l'a déjà observé auparavant. Pour autant que je m'en souvienne (putain de mémoire !), je n'ai jamais encore été confronté à une sensation de jamais-vu, alors que celles de déjà-vu se comptent chez moi par centaine depuis l'enfance... 


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Gaëlle a reçu son second bulletin de première primaire. Elle a 94/100 en langue française, 97 en mathématique et 81 en éveil, avec le commentaire suivant : "Gaëlle est une merveilleuse grande fille qui partage ses connaissances avec beaucoup de spontanéité et qui est souriante toute la journée ! C'est une joie de travailler avec elle ! Elle maîtrise toutes les notions avec une grande rapidité et un réel plaisir. Elle apprécie moins les moments de synthèses au cahier. Un léger effort est à réaliser à ce niveau car le soin apporté à l'écriture est dépendant de l'envie que Gaëlle décide d'y consacrer. Gaëlle a bien progressé au niveau du bavardage. Je la félicite ! Les nouvelles matières en grandeurs, géométrie et éveil ne posent aucun problème. Un tout grand bravo !". Bon, ça a l'air d'aller : je vais pouvoir arrêter de stresser (d'autant plus que je ne stressais pas).

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Ma fille et moi revenons sans encombre à Bruxelles. De retour à mon appartement, Gaëlle joue tranquillement dans sa chambre. Plus tard, elle voudra regarder de "nouveaux dessins animés". Dans un recoin de mon PC se trouve Akira, le film d'animation japonais de Katsuhiro Otomo, que j'avais une furieuse envie de revoir. Pensée furtive : "Lui montrer Akira ?" Mais non ! Elle en ferait sans doute des cauchemars !

Vers 21 heures, débarquent Emily et Walter pour une soirée "Jeux de société" improvisée. Tout part d'un message de Walter me demandant ce que je fais ce soir. — Rien, car je reste avec ma fille à l'appartement. — Il propose alors une soirée chez moi. Ils arrivent avec trois Chimay blanches (une par personne : tout le monde est très calme), ainsi que les jeux Munchkin et La Havane... 

Nous jouons à La Havane (que je ne connaissais pas) et aux Colons de Catane (que je connais bien), mais pas au Munchkin. Je carbure principalement au café. Résultats de la soirée : Emily gagne la première partie de la Havane, je gagne la seconde, puis je gagne les quatre parties de Colons de Catane. Je reste donc invaincu depuis très longtemps à ce jeu. Ce n'est même pas drôle. 

Je gagne la dernière partie presque par traîtrise, en exploitant une règle que je croyais connue de tous, celle qui consiste à briser l'unicité d'une route adverse grâce à une colonie judicieusement placée à l'une de ses intersections. Emily parle de son frère, qui veut à tout prix gagner quand il joue à un jeu et qui "par conséquent" triche tout le temps. Je trouve ça terriblement débile : quel est l'intérêt d'arriver premier si c'est par des moyens détournés et malhonnêtes ? Tout cela m'échappe complètement.

Je remettrais bien mon titre en jeu dans une cinquième et ultime partie, mais Walter tombe de fatigue. Mes invités s'en vont donc, vers 3h30 du matin.

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