Archives annuelles : 2012

Blog à vitesse réduite VI

Sur le temps de midi au boulot, une discussion sur la lecture...
« Tu lis assez vite, toi, non ? me demande Charlotte.
— Oui, je crois... Enfin, il paraît.
— Et lorsque tu lis un texte dans ta tête, est-ce que tu prononces mentalement tous les mots ?
— Euh... Difficile à dire. Non, je ne pense pas. Ça dépend...
— Moi, il faut absolument que je lise tous les mots...
— Peut-être que moi aussi, en fait. Je ne sais pas... »
Il est très difficile de décortiquer le processus mental qui est à l'œuvre lorsque je lis mentalement. J'en suis venu à la conclusion suivante : lorsque je me relis pour trouver des fautes, je procède avec lenteur, en appuyant sur chaque mot, mais quand je lis un texte pour trouver des informations, je vais beaucoup plus vite et je lis tout d'un seul bloc, sans buter sur un mot en particulier.
Quand je joue à un jeu de quizz en ligne, je suis capable de comprendre presque instantanément la question dans son ensemble sans vraiment la lire, et de donner la réponse tout aussi rapidement, du moins si je la connais évidemment. Je me souviens que ça énervait Maïté, parfois : « Mais comment est-ce que tu fais ? On n'a même pas le temps de lire l'énoncé ! » Je ne sais pas comment je fais mais j'ai remarqué que d'autres fonctionnaient exactement de la même manière (Mary, par exemple). — Oui, mais pour que je comprenne une question, il faut bien que les mots soient quelque part dans mon esprit ! Je dois donc les prononcer mentalement, d'une manière ou d'une autre ! — Arrête, Hamilton, tu te fais du mal pour rien, là...
Passeport, épisode III. — Résigné, je me renseigne sur la procédure à suivre lorsque l'on a perdu son passeport. Sur une page du site Web de la Diplomatie belge, un phrase attire mon attention : « En cas de perte ou de vol d’un passeport belge, le détenteur doit sans délai déposer une déclaration auprès du commissariat de police du lieu où le fait s’est produit ou a été constaté ou encore de sa propre localité. » Je me mets à stresser... Cela va me prendre des plombes... Si ça tombe, je n'aurai pas mon passeport à temps ou bien ils vont carrément me le refuser : « Monsieur Evenvel, cette perte d'un document émanant de nos services diplomatiques est éminemment grave. Vous êtes indigne de voyager ! » Je téléphone à la Commune de Forest, où une gentille préposée m'explique que « pas de problème, vous devez simplement vous présenter au guichet "Population", où l'on vous donnera le numéro de votre ancien passeport. Ensuite vous vous rendrez au bureau de police, dans le même bâtiment, où ils vous donneront une déclaration de perte, que vous nous fournirez au moment de retirer votre nouveau passeport... » Ça va encore me coûter bonbon (114 euros), mais je suis sauvé ! (Allez, allez, on se calme, Hamilton, ça va aller... Regarde un épisode des Simpson ! — Je ne peux pas ! Je suis au travail !)

En soirée, je continue à regarder Les Simpson et je retombe sur ce fabuleux générique de début réalisé par le graffeur et activiste britannique Banksy, montrant un « envers du décor » fantasmé : des petits Coréens réalisant des dessins à la chaîne dans un atelier glauque, rempli de produits toxiques et gardé par des militaires ; le meurtre de petits chatons blancs pour réaliser la fourrure des peluches ; l'utilisation d'une licorne, fatiguée et malheureuse, pour percer les DVD, etc. Au final, c'est un gros paradoxe que de voir cette critique de la Fox diffusée par... la Fox.

Blog à vitesse réduite V

Ce matin, dans le train vers Liège, quelqu'un me tape gentiment le crâne avec son journal. C'est Flippo qui, en raison des suppressions ferroviaires de l'été, prend le même transport que moi. « Je crois que j'ai battu mon record aujourd'hui », me dit-il, « car à 6h45, j'étais encore dans mon lit. » Sachant qu'il est à peine 7h05, c'est effectivement un beau record.
« Et alors, il paraît que tu te plains déjà ! me lance Flippo, légèrement offusqué.
— Quoi ? Hein ? Je me plains, moi ?
— Oui, tu te plains.
— Pour le voyage au Canada ?
— Oui, pour le voyage au Canada.
— Je me plains que tu veuilles absolument aller à Trois-Rivières ?
— Non. Enfin, si, aussi... Mais non...
(Je réfléchis un instant.)
— Haaaa, c'est en rapport avec le "Je vais encore devoir tout faire" ?
— Exactement. »
Explication : ce samedi, durant l'excursion dans le Centre, j'ai eu la mauvaise idée d'expliquer à Pietro que Flippo n'aimait pas téléphoner et que c'est moi qui allais encore devoir m'occuper des réservations de chambres ou d'auberges de jeunesse. (C'est vrai qu'il y a plus sympathique comme remarque, mais c'était de l'humour, hein !)

Attendant sa correspondance sur le quai, Flippo évoque la raison pour laquelle il a failli rater son train aujourd'hui... Une sombre histoire de rêve qu'il a fait, dans un état de somnolence, après que son réveil a sonné. Un rêve dans lequel, ayant raté son train à Bruxelles-Central, il arrivait à le rattraper en courant le long des rails jusqu'à la Gare du Nord. « Et en quoi ce rêve explique-t-il que tu aies failli rater ton train ? » Il me donne sa réponse, mais je ne la comprends pas. « Eh bien voilà un truc que je pourrai écrire dans mon journal... » « Ha non ! »

Lue aujourd'hui, dans le cadre du boulot, cette interprétation d'Ernest Mandel, économiste et théoricien marxiste, concernant les politiques d'austérité en temps de crise (en l'occurrence les conséquences de la première crise pétrolière d'octobre 1973) : « Toute crise de surproduction constitue toujours une agression massive du capital contre le travail salarié. En augmentant à la fois le chômage et la peur du chômage, elle tend à faire accepter aux travailleurs les baisses (ou stagnations) des salaires réels, l'accélération des cadences, les pertes d'acquis en matière de conditions de travail et de sécurité sociale, la réduction des protections érigées dans la phase de prospérité contre la pauvreté et l'injustice les plus flagrantes. » (1978) — Toute ressemblance avec une situation actuelle etc.
Passeport, épisode II. — Je demande à mes parents, en pleine phase de rangement, de vérifier que mon passeport n'est pas resté à la maison. Mon père me répond par la négative : « Pas de trace de ton passeport chez nous ! Désolé. » Je me mets donc à retourner tout mon appartement : les armoires remplies de brol, les étagères, tous mes classeurs, dossiers, enveloppes, vieux sacs, etc. Lors de cette fouille en règle, je redécouvre énormément de choses : des affiches, un CD contenant des cartes forestières que j'avais réalisées dans le cadre d'une conférence, de vieux textes, une vieille photo en noir et blanc de Maïté à 18 ans — qu'elle était belle ! —, de vieilles cartes postales, des notes de cours, des photocopies de textes médiévaux aux graphies variées, etc. J'arrive par ailleurs à m'entailler le petit doigt avec je ne sais quel objet coupant. Mais toujours pas de passeport, gottferdom ! (Allez, allez, on se calme, Hamilton, ça va aller... Regarde un épisode des Simpson !)

Blog à vitesse réduite IV

Je n'ai rien à raconter aujourd'hui. Ce n'est donc pas ma faute si ce journal ne ressemble plus à rien. (Mais a-t-il déjà ressemblé à quelque chose, de toute façon ?)
Ce matin, dans le train vers Liège, je m'assieds devant deux femmes qui dorment. Je me fais la réflexion suivante : « Une inconnue qui dort, c'est un peu comme un Kinder Surprise : tant qu'elle n'ouvre pas les yeux, on n'en connaît pas la couleur. » (C'est une réflexion bancale, mais étant donné que mon ordinateur est allumé, je la note, au cas où je n'aurais rien d'autre à raconter. — Bingo !)

Mon train arrive pile à l'heure aux Guillemins. Une idée : me rendre à l'accueil de la gare et demander, au lieu d'un justificatif de retard, un justificatif de ponctualité. Mais je remets la plaisanterie à plus tard car celle-ci ne ferait rire que moi, et encore !
Passeport, épisode I. — Pour partir au Canada fin août, j'ai besoin d'un passeport en règle. Point positif : j'en ai un qui est valable jusqu'en juillet 2013. Point négatif : je ne sais pas où il se trouve. Je me mets donc à fouiller superficiellement dans quelques étagères, classeurs de documents et anciens portefeuilles... En vain ! Je n'ai pas du tout la tête à ce genre de fouille ce soir et remets donc la recherche à plus tard : demain, je dévaliserai tout mon appartement pour retrouver cette connerie de passeport. Au pire, j'irai en recommander un nouveau. (Allez, allez, on se calme, Hamilton, ça va aller... Regarde un épisode des Simpson !)
Les concepteurs des Simpson mettent le paquet dans les génériques et les introductions... Un exemple : dans le 16e épisode d'Halloween (Treehouse of Horror XVI, 2005), Kodos et Kang, les hideux extraterrestres, afin de rendre plus palpitant un match de baseball terriblement ennuyeux, décident de l'accélérer à l'aide d'un de leurs rayons. Mais cette action tourne à la catastrophe pour l'Univers et même pour Dieu, qui disparaissent tous les deux dans un « pop » insignifiant. On y découvre aussi que, pour les concepteurs du dessin animé, le néant est blanc et non noir.

Vacances sépias

Disposant à nouveau du petit ordinateur de Léandra, je peux reprendre mon rythme de croisière, bien que je n'aie pas grand chose à raconter en ce moment et accuse en outre toujours un gros retard en matière de mises à jour. (Bientôt, ce blog ne sera plus qu'une longue plainte monotone dans laquelle j'avouerai constamment prendre un retard que je n'arrive pas à combler.)

Autre problème : dans le train vers Liège de ce matin, je relis une dizaine d'articles que j'ai écrits ces derniers jours et j'y découvre d'énormes fautes de pluriel ainsi que quelques oublis de mots. Je profite du Wi-Fi de la gare des Guillemins pour corriger rapidement ces horreurs mais le mal est fait ! Tout fout le camp !

Nous ne sommes que trois au bureau cette semaine. À la pause café, Charlotte raconte que son compagnon, informaticien de formation (encore un !), lui a comme chaque année préparé une énigme à l'occasion de son anniversaire. Face à ce type, mon ami FBsr, pourtant déjà très balaise, est un petit joueur. Le concept est le suivant : pour recevoir son cadeau, Charlotte doit déchiffrer un mot codé à l'aide de plusieurs clés assez simples (comme, par exemple, le chiffre de César). Le mot, une fois déchiffré, donne quelque chose comme « MAIL ». Elle va donc jeter un œil à ses courriels et tombe sur un code QR (!) qui, une fois activé, renvoie vers une page Web diffusant la mélodie faite par les touches d'un clavier de téléphone (!!). En plaçant cette combinaison de sons devant un vrai combiné téléphonique, le numéro, dit-elle, se compose tout seul (ha bon ?). Le portable de son compagnon se met alors à sonner et à jouer un message en alphabet morse (!!!). C'est à ce moment que Charlotte abandonne : « Les "bip bip" étaient tellement rapprochés que je n'arrivais même pas à faire la différence entre un trait et un point... Et en plus, nous avions rendez-vous au restaurant... »

Ce midi, une passionnante discussion entre Charlotte et Wynka sur le maquillage, les faux ongles, l'épilation définitive et les diététiciens. Je suis complètement largué.

Je passe la soirée tranquillement chez moi. Je n'ai pas envie de sortir, je n'ai pas envie d'écrire... Pour tout dire, je n'ai envie de rien faire du tout, si ce n'est me reposer les neurones devant une série télévisée. N'importe quelle série. Je m'ouvre un Orval et j'opte tout simplement pour quelques épisodes d'une des récentes saisons des Simpson, saisons à propos desquelles j'ai un jugement assez négatif, que l'on pourrait résumer par : « À partir de la septième saison, Les Simpson, c'est de la grosse daube sans queue ni tête ! »

Je tombe néanmoins sur une belle scène, au début de l'épisode The Wife Aquatic (Les Aqua-tics en français, 2007)... L'histoire : Marge se souvient, nostalgique, de ses vacances sur une île merveilleuse du nom de Barnacle Bay, lorsqu'elle n'était encore qu'une gamine. Mais lorsqu'elle y revient plus de vingt ans plus tard, l'île est complètement métamorphosée à cause de la pêche intensive d'une espèce de poisson et la magie du lieu n'opère plus. Le reste de l'épisode est un peu idiot mais ce passage, sur fond de Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns et de vieilles vidéos aux couleurs légèrement délavées, est particulièrement bien foutu...
... Tellement bien foutu qu'il va jusqu'à faire revenir à la surface mes propres souvenirs de vacances estivales enfantines. Enfant et adolescent, je passais une partie des mois de juillet et d'août dans une énorme propriété boisée détenue par la Centrale des Métallurgistes FGTB... Le Domaine de la Reine Pédauque, que ça s'appelait... C'était à Melreux, en Province de Luxembourg, au bord de l'Ourthe, à deux pas du joli village de Hotton [lien Google Maps]. De temps en temps, avec d'autres délégués syndicaux, mon père y suivait des formations... Et l'été, nous y allions en villégiature. Il y avait une plaine de jeu, un mini-golf, un château faisant office d'hôtel et de restaurant, un parc, un étang et des bungalows. C'est là, à douze ans, que j'ai vécu mes premiers petits bisous (un truc très, très soft) avec une fille du nom de Sylvie, qui était amoureuse de moi. C'était il y a... euh... vingt ans, bordel ! (Le jour où ce joli coin de nature a été liquidé pour devenir un centre de réfugiés, tout un pan de mon enfance très heureuse a disparu d'un seul coup.)
En soirée, Léandra, assez angoissée, me contacte pour savoir si je suis à la Maison du Peuple de Saint-Gilles, car je lui avais affirmé hier que j'y passerais une grande partie de mes soirées cette semaine. Je n'y suis pas : je me suis ravisé et, au moment où elle m'écrit, je stagne déjà, telle une larve, emmitouflé dans mes draps.

L'adjoint du grand détective

Gaëlle ne parle plus de Dieu aujourd'hui. À la place, elle s'intéresse brièvement au futur : « On n'est jamais certain de ce qui se passera dans le futur. Si je dis : "Demain, je serai chez maman", c'est vrai que je serai sans doute chez maman mais, par contre, je ne sais pas ce que j'y ferai. C'est comme ça : on ne peut pas connaître le futur ! »

Plus grande est la projection dans l'avenir, plus difficile est la prévision. Les temps lointains se perdent dans une improbable brume. C'est vrai en météorologie comme en sciences politiques... C'est ce qui rend les bons romans de science-fiction si impressionnants : comment des auteurs comme John Brunner ou George Orwell ont-il réussi à entrevoir avec tant de précision ce monde futur dont ils ne pouvaient observer, en leur temps, qu'une mince ébauche ?

« Ouvrant la porte au médecin, prête à s'excuser d'avoir les mains enfarinées — elle était en train de faire son pain — Mrs. Byrne fronça les narines. De la fumée ! Et si elle la sentait avec le rhume de cerveau qu'elle avait, il fallait que ce soit un gigantesque incendie !
— Il faudrait prévenir les pompiers ! s'exclama-t-elle. Est-ce que c'est une meule de foin ?
— Les pompiers auraient du chemin à faire, lui dit le médecin gravement. Ça vient de l'autre côté de l'Atlantique. Le vent souffle fort, aujourd'hui. »
(La fin du Troupeau aveugle de John Brunner [1972] donne envie de le lire, n'est-ce pas ?)
Une figure récurrente de nombreux romans policiers : celle du candide qui accompagne le grand détective dans tous ses déplacements, à la recherche de « la vérité »... Hercule Poirot a son capitaine Hastings, Sherlock Holmes son docteur Watson, etc. Même si ce personnage secondaire est très souvent limité dans ses mouvements, il apporte quelque chose d'essentiel à l'enquête, à savoir un autre point de vue, beaucoup plus naïf mais néanmoins déterminant. Combien de fois n'entend-on pas Hercule Poirot s'écrier : « Mais bien sûr ! » après qu'une remarque apparemment anodine du capitaine lui a fait découvrir une pièce capitale du puzzle ?

C'est comme ça aussi chez W. ! Car le philosophe a souvent vécu exactement à la manière d'un grand détective : il lui fallait la présence d'un ingénu (Pinsent, Skinner...) à ses côtés pour stimuler sa pensée.

Afin de tromper ses adversaires, Poirot — c'est lui-même qui l'explique dans Drame en trois actes — se fait passer pour plus bête qu'il ne l'est. Une de ses stratégies préférées est de mal parler anglais, de manière à être grandement sous-estimé par le meurtrier. Dans les derniers chapitres, c'est à chaque fois le coup d'éclat et la balance s'inverse d'un seul coup !

On l'aura compris : je traverse en ce moment une phase « vieux romans policiers ». En fait, on pourrait dire que je ne change jamais de centre d'intérêt : romans policiers, science-fiction et philosophie traitent exactement de la même chose, avec des mots sensiblement différents.

On pourrait aussi ajouter le Western dans cette liste, tout comme la pratique de l'Histoire. Tout est lié ! La différence entre une enquête policière, une investigation philosophique, une recherche historique, un récit de science-fiction et un duel de six coups est beaucoup plus maigre qu'on ne le croit !

Léandra, Jonas et moi arrivons presque au même moment au Parvis de Saint-Gilles. Elle et moi sommes là pour l'échange : elle me passe son petit netbook et je lui rends son grand portable sans batterie et à la ventilation plus que douteuse. Que deviendrais-je sans le soutien logistique de mon amie ? (Pas grand-chose, je le crains.)

Léandra a amené Jonas pour tenter de lui changer les idées. Le pauvre stresse parce qu'il a mal et parce qu'on va peut-être bientôt devoir l'opérer. Et il n'est pas content parce que certains médecins lui disent qu'il n'a... rien du tout.

C'est vrai qu'il n'a pas l'air dans son assiette. Il veut rentrer chez lui mais nous arrivons tout de même à le convaincre de venir manger un paquet de frites en notre compagnie, chez Léandra. L'occasion de tester à nouveau Nonsense, le jeu de société qui consiste à insérer un ou plusieurs mots à l'intérieur d'une histoire improvisée sur un thème déterminé. — Ce jeu a tendance à nous stresser, Léandra et moi. Par contre, Jonas semble à l'aise. Sur le chemin du retour, il m'avouera d'ailleurs avoir passé une agréable soirée, qui lui a permis de « penser à autre chose ».

Le Centre sous la pluie

Le ciel est gris lorsque je descends du train, en gare de La Louvière-Sud. Zapata a loué une voiture pour la journée et doit passer me chercher d'un instant à l'autre. Il est le joyeux organisateur d'une excursion d'un jour dans la région du Centre... Un événement plus que réussi malgré le mauvais temps puisqu'il réunira treize personnes réparties au sein de trois véhicules : Zapata, Amy, Tom, Ophely, leur bébé Sophia, Ophely II, Bastien, Pietro, Ismerie, Sandro & Sandra (un couple d'Espagnols que je ne connaissais pas) et moi.

Il est avant tout question de montrer à ce groupe un des fleurons du patrimoine industriel de la région du Centre reconverti en Écomusée, à savoir le charbonnage et la cité du Bois-du-Luc, dans la périphérie de La Louvière. Le site vient d'être inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. Il s'agit d'un exemple unique et extrêmement bien conservé d'habitat ouvrier qui fonctionnait en autarcie sous la direction d'un patron paternaliste. À Bois-du-Luc, les gueules noires et leurs familles n'avaient nul besoin de sortir de leur environnement clos, car ils avaient absolument tout ou presque à portée de la main : leur (petit) logement, une épicerie, une salle des fêtes, une école, un hôpital, un hospice, une église, etc.

J'ai travaillé plus d'un an et demi comme guide dans cet écomusée et, se disent mes amis, je vais pouvoir leur faire une visite personnalisée de l'ancien site charbonnier. Ils se trompent et c'est tant mieux ! Car nous sommes accueillis par mon ancien collègue Alan, qui se fera un plaisir de nous guider à travers l'ancien charbonnage, en compagnie de Florentin, son fils de huit ans, qui connaît la visite par cœur (le pauvre). Alan est le meilleur des guides. Il exerce ce métier depuis tellement d'années qu'il connaît tout sur le bout des doigts : la législation sociale, l'histoire de la société charbonnière (qui s'étale sur plus de trois siècles) ainsi que des milliers d'anecdotes...

Alan nous explique que la visite ne durera qu'un peu plus d'une heure, car « une partie du parcours a été réquisitionnée pour une exposition réalisée par la ville ». Je ris intérieurement : une visite de seulement une heure avec Alan, c'est impossible ! De fait, deux heures plus tard, nous sommes toujours en sa compagnie à l'intérieur du puits d'extraction : « Cette partie de la visite ne durera qu'un petit quart d'heure », nous lance-t-il à nouveau. Tu parles ! (Comment diantre fait-il pour parler aussi longtemps devant la lampisterie ?) À plusieurs moments de la visite, il lâche au groupe : « Mais Hamilton vous expliquera sans doute tout cela mieux que moi ! » ou bien : « Hamilton, tu confirmes ? », alors qu'il est vachement plus calé que je ne le serai jamais. (C'est son côté humble à l'excès.)

« Dis donc, Hamil, il a l'air de bien t'aimer, ton ancien collègue... » (Bastien)
« Les visites sont toujours aussi bien ou c'est parce que t'es là ? » (Ophely)
« "Hamilton, tu confirmes ?" Haha ! » (Bastien)

Je serre chaleureusement la main d'Alan en guise d'au revoir. Je lui donne un bon pourboire — « Pour ton professionnalisme ! », lui dis-je — qu'il refuse plusieurs fois (évidemment), avant de le donner à son fils vu mon obstination. Sur le chemin du parking, je croise mes anciens collègues Giuseppe, qui a l'air très content de me voir (« La fifille va bien ? », « T'es séparé, c'est ça ? T'as retrouvé quelqu'un ? »), et Fatima (« Alors ? Ça va bien ? T'es revenu parce qu'on a eu la reconnaissance Unesco ? Haha ! »). Quoiqu'on en dise et malgré les anciennes petites tensions, le courant passe toujours aussi bien avec elle, je trouve...

Il est presque deux heures de l'après-midi lorsque je rejoins les douze autres au kiosque à musique pour le pique-nique. Ils ont emmené de quoi très bien manger : Sandro a préparé une délicieuse tortilla ; il y a de la baguette à volonté, de l'houmous, de la charcuterie, du fromage ; et pour le dessert, Bastien a même apporté des petits chocolats et de la compote. Pendant le repas, je reçois un coup de téléphone de Fred Jr : « Il paraît que t'es à Bois-du-Luc ? Je voulais y aller cet après-midi, j'ai téléphoné à Giuseppe et il m'a dit que tu venais de passer ! » (Les nouvelles vont vite dans cette région.)

Le pique-nique terminé, direction la brasserie Saint-Feuillien au Roeulx. Alan nous a gardé trop longtemps et il n'est hélas plus possible d'en faire la visite. Nous décidons donc d'aller nous poser dans un café du village. Oui, mais lequel ? Tous les bars sont curieusement fermés. Après avoir tourné un quart d'heure, nous finissons par trouver, à deux pas de la brasserie, un petit bistrot de quartier, avec ses éternels jeux d'argent et ses quatre ou cinq habitués.

« Hamilton, tu confirmes ? »


L'excursion dans la région du Centre se termine par la visite des ascenseurs à bateaux. Nous faisons tout d'abord un crochet par le nouvel ascenseur de Strépy-Thieu — le plus grand ascenseur à bateaux du Monde s'il vous plaît, avec ses 73,15 mètres de dénivelé ! — qui permet de relier le bassin de la Meuse à celui de l'Escaut en une seule fois.

« Hamilton, tu confirmes ? »

Nous sortons de la voiture éclairés par un timide soleil.
Nous observons le transfert de deux bateaux sous la pluie drue.
Nous revenons à la voiture éclairés par un timide soleil.
(Impression d'être à la page 54 des Sept boules de Cristal.) 

Après ce passage par Strépy-Thieu-le-léviathan, nous rendons visite aux quatre anciens ascenseurs à bateaux. Ces derniers, construits entre 1888 et 1917, ont exactement la même fonction que le nouvel ascenseur (à savoir relier les deux bassins fluviaux), tout en s'avérant évidemment beaucoup moins performants. Ils sont néanmoins beaucoup plus jolis et pittoresques que leur homologue moderne. Alors que ce dernier ressemble à un bâtiment LEGO très (trop) propret, entouré d'arbustes ridicules plantés avec une linéarité consternante, les vieux ascenseurs donnent ce sentiment de château fort abandonné recouvert de végétation. (C'est d'un romantique !)

« Hamilton, tu confirmes ? »

De retour à la gare de La Louvière-Sud, j'observe à nouveau la pluie remplir mon champ de vision. Il pleut tellement que les personnes sur le quai se montrent très réticentes à monter dans le train. Le contrôleur descend du wagon et crie à la cantonade : « Il pleut beaucoup pour un mois de novembre, hein ? » — Un classique qui fait toujours sourire !

« Hamilton, tu confirmes ? »

Blog à vitesse réduite III

Lorsqu'elle n'a plus accès à Internet avec son vieux PC sans batterie (dont j'ai la garde cette semaine), Léandra dispose d'un tour de passe-passe personnel pour faire revenir le Saint Wi-Fi : elle chipote quelques secondes au câble d'alimentation de l'ordinateur. Le plus incroyable dans cette histoire, c'est que ça marche (alors que ça ne devrait pas marcher).

Ma fille Gaëlle traverse en ce moment ce que l'on pourrait appeler une crise mystique. Elle croit en Dieu. Elle me montre une tasse et me dit : « Dieu, c'est tout, même cette tasse ! » ou encore : « Je sais que vous, vous ne croyez pas en Dieu, mais moi, j'y crois ! » Que faire ? Bah, rien ! La seule chose qui m'ennuie dans cette histoire, c'est le fait d'y percevoir forcément une influence extérieure, qui a priori ne peut être que l'école. Soit ce sont ses camarades de classe qui lui en parlent, soit c'est une de ses institutrices. Le premier cas serait anecdotique, le second terriblement inquiétant à l'intérieur d'une école publique. (À suivre...)

Un des potes syndicalistes de mon papa est de passage à la maison cet après-midi. J'en profite pour lui poser quelques questions sur le syndicat des employés, qu'il connaît bien : « Et lui, tu l'as connu ?  
— Ha oui, lui, il n'était pas bien. Il n'a jamais rien foutu, sauf quand il était question de voyage à l'étranger... Là, tu le voyais pointer son nez... » (Ça a le mérite d'être clair.) Plus tard, mon père lui explique brièvement cette histoire de délégation syndicale tombée « par hasard » dans un bordel (voir en date d'hier). Le copain se contente d'esquisser un sourire, mais c'est un sourire qui veut tout dire.

Mon père raconte que dernièrement, une nouvelle adjointe de direction est descendue dans l'atelier où il travaille : « Elle est allée voir untel et lui a dit : "Tu vois le ventilateur qui est là ? Eh bien dans la nouvelle chaîne de production, il n'y en aura plus !" » C'est le genre de comportement hautain et condescendant que mon papa déteste : « C'est quoi pour vous, ça, à votre avis ? C'est de la provocation, un point c'est tout ! Si j'avais été là à ce moment, j'aurais donné un coup de sifflet et hop : "Allez les gars, c'est bon, on arrête de travailler !" Qu'elle se prenne un arrêt de travail sur le dos, celle-là, pour qu'elle comprenne qu'on ne traite pas les gens de cette façon ! » — Et il aurait bien eu raison. 


Dans Drame en trois actes, l'épisode télévisuel des « nouvelles aventures » d'Hercule Poirot, cette peur de la part d'une des protagonistes d'être jugée par Poirot. Mais ce dernier lui répond quelque chose comme : « Je n'ai nul besoin de juger, Madame. Moi, j'enquête ! » — C'est une remarque beaucoup moins banale qu'on pourrait le croire de prime abord : il s'agit de mettre sur un piédestal la recherche de la seule vérité, sans jamais prendre en compte les conséquences (le jugement qui s'ensuivra) ni la morale. Vu sous cet angle, le commentaire de Poirot apparaît comme une jolie petite saillie philosophique. 

Les dernières lignes du livre : « Sapristi ! s'écria [Monsieur Satterthwaite]. J'y pense. N'importe lequel d'entre nous aurait pu boire le cocktail empoisonné de ce gredin ! Moi par exemple.
— Une autre catastrophe plus terrible encore et à laquelle vous n'avez pas songé aurait pu se produire.
— Quoi donc ?
— Tiens, parbleu ! Cela aurait pu être MOI ! répondit Hercule Poirot. »
(Poirot, l'ultime solipsiste : encore et toujours de la philo !)

Léandra est revenue de Marseille et me demande quand nous procéderons à l'échange, car son ordinateur au ventilateur très bruyant lui manque. L'échange... Cela signifie-t-il que je pourrai récupérer son petit PC ? Alléluia ! La période de vaches maigres est passée ! Je vais recommencer à écrire dans le train de longs articles inintéressants !

Blog à vitesse réduite II

Politique belge. — Demain, ils vont scinder BHL. C'est une très bonne nouvelle pour l'humanité, car lorsqu'il sera coupé en plusieurs morceaux, ce philosophe-journaliste de pacotille la ramènera beaucoup moins. (Mais on me signale dans l'oreillette que je m'emmêle complètement les pinceaux sur le sujet...)

La boulangerie de village, en face de la gare, ressemble de plus en plus à une... boulangerie de village. Alors que la boulangère prépare mon café noir, un vieil homme entre dans la boutique. La boulangère : « Bien le bonjour, Père André ! Je vous sers comme d'habitude ? » Pendant ce temps, à l'une des tables, un homme bourru et énigmatique lit son journal matinal en sirotant son café, relevant de temps en temps les yeux vers la clientèle. La boulangère : « Nous sommes en vacances dès ce lundi. Vous pourrez aller dire bonjour à la concurrence... Si vous revenez chez nous après, bien sûr... Hein, Père André ? » — Furtive sensation d'être dans une petite épicerie du Sud de la France, puis retour à la normale lorsque je regarde la pluie et le vent de l'autre côté de la vitrine.

Journal La Wallonie. Dans l'interview d'un ancien leader syndical aujourd'hui décédé, ce dernier rapporte au journaliste une anecdote assez croustillante, vieille d'une quarantaine d'années désormais : lui et sa délégation viennent de sortir, vers quatre heures du matin, d'une négociation de près de 36 heures, à Bruxelles. Attendant leur train pour Liège, ils décident d'aller boire un verre dans un café proche de la Gare du Nord. Assis au milieu du bistrot, ils ne font pas attention, toujours dixit le syndicaliste, aux femmes dénudées qui se baladent autour d'eux (!). Ce n'est que lors de la rafle de police qu'ils se rendent compte qu'ils sont dans... un bordel. J'apporte l'article à mes collègues du bureau d'en haut, Charlotte et Lodewijk, et leur raconte l'histoire dans les grandes lignes. Charlotte fait de grands yeux et se met à rire : « Attends, ils n'avaient pas remarqué qu'ils étaient dans un bar à prostituées ? Mon œil, ouais ! »

Un des meilleurs invités de la série Les Simpson est sans conteste Leonard Nimoy, dans un épisode mythique de la quatrième saison intitulé Le monorail (Marge vs. the Monorail, 1993). Nimoy y fait cinq petites apparitions (toutes géniales), se référant constamment à Star Trek et prenant son rôle (mais quel rôle au fait ?) très au sérieux... Il explique notamment à un navetteur désabusé le fonctionnement des portes soi-disant automatiques du vaisseau Enterprise et, peu de temps après, s'exclame, mystérieux et très sûr de lui : « Une éclipse solaire... Le ballet cosmique... est en place... ». À la fin de l'épisode, il se dématérialise sans l'aide d'un téléporteur. Quel type, ce Nimoy !

Les cinq apparitions de Nimoy dans Le Monorail (en anglais).

Pour endormir Gaëlle, je lui narre l'histoire d'un monstre qui a la particularité de posséder un parc d'attractions dans son ventre. S'il mange les enfants, c'est simplement pour leur faire bénéficier des jeux... Et comment font les gamins pour sortir du ventre/parc ? Je préfère ne pas le savoir.

Blog à vitesse réduite I

J'aurais pu intituler cette série de très courts articles sans queue ni tête « À la recherche du temps perdu », mais il paraît que l'idée a déjà été prise il y a un certain temps. Damned!

Sept heures du matin. Sur le quai de cette gare de province sans auvent, il pleut et il vente, encore et toujours. Je suis, comme d'habitude, en tee-shirt et j'ai un peu froid, mais je reste digne et je m'assieds sur le banc comme si de rien n'était. Tous les autres patientent avec au minimum une veste ou un gros pull. Le train arrive et, dans le wagon, je m'installe par le plus grand des hasards en face d'un gars qui lui aussi est apparemment parti travailler en tee-shirt. — Même s'il ne s'en rend pas compte, nous formons une éphémère communauté ferroviaire.

Charlotte nous raconte que cette nuit, elle a rêvé qu'elle était... réveillée. Cependant, son récit est un rien plus compliqué et nous ne sommes pas certains d'avoir tout pigé... D'après ce que j'en ai compris, elle était déjà endormie quand son compagnon est (réellement) venu se coucher et lui a parlé. Elle entendait tout ce qu'il lui disait, mais restait néanmoins comme piégée dans son rêve en lui répondant. Du coup, pour toute réponse, elle baragouinait des phrases vides de sens et, dans son rêve, s'énervait de ne pas pouvoir exprimer correctement ses pensées... « Comment peux-tu savoir avec certitude que ton compagnon était réellement là et que tu n'as pas tout rêvé, y compris le fait qu'il soit là ? », lui demandé-je. « Parce qu'il m'a confirmé tout ça le lendemain », me répond-elle. — C'est un bon argument.

La même nous explique que son compagnon était très excité parce qu'on « a peut-être trouvé des portails dans le système solaire. » « Quoi ? Des trucs artificiels pour se balader dans l'Univers ? » Sans croire un seul instant qu'on ait réellement trouvé pareil artéfact, je ne peux m'empêcher de penser directement à La Grande Porte, à 2001, à Hypérion ou encore aux tunnels spatiaux de Nancy Kress... Mais la nouvelle est un peu plus terre à terre : Charlotte fait référence à cette actualité selon laquelle la NASA s'apprêterait à financer les recherches d'un certain Jack Scudder sur les téléporteurs magnétiques entre la Terre et le Soleil... — C'est Léonard Nimoy qui va être content !

Le club des incorrigibles optimistes. Tel est le titre du roman, signé Jean-Michel Guenassia, que lit avec beaucoup d'attention la navetteuse en face de moi dans le train de retour. — Si je devais fonder un club un de ces jours, j'inverserais un seul mot dans l'intitulé !

Tourette chuchoté

Cette jeune femme un peu bête, qui au matin prend le même omnibus que moi depuis un certain temps, est toujours en pleine discussion... Sa façon de procéder : elle choisit quelqu'un au hasard sur le quai de la gare des Guillemins ou dans le train, puis lui balance une évidence comme : « Vous prenez le train pour aller au travail ? », « Le train est en retard aujourd'hui... » ou bien : « Il pleut dehors... » Pour avoir observé la scène de très nombreuses fois, je remarque que ses interlocuteurs semblent souvent légèrement peinés, ne sachant quoi lui répondre, mais qu'ils sont également très patients et gentils, et qu'à aucun moment ils n'entrent dans le sarcasme ou la moquerie.

Sur le trajet de retour, un curieux personnage est en train de lire avec beaucoup d'attention un vieil ouvrage consacré à l'histoire de la littérature. Il a contre lui un gros sac rempli de bouquins du même genre. Toutes les trente secondes environ, il relève brièvement la tête et articule une phrase incompréhensible, comme s'il récitait une prière. À certains moments, j'ai l'impression qu'il chuchote des obscénités et j'en viens à me demander si ce monsieur n'est pas atteint d'une forme bizarre de syndrome de Gilles de la Tourette, qu'il arriverait plus ou moins à cacher en proférant ses insultes le plus bas possible.

Mes parents sont à Namur avec ma fille. Ils ont emmené cette dernière à la fête foraine. Lorsque je les rejoins, Gaëlle vient de terminer un hamburger au Quick et joue dans l'espace réservé aux enfants. Pendant ce temps, mon père se fait plus ou moins draguer par un vieil homme qui s'ennuie à la table d'à côté. Nous rejoignons ma mère au café d'en face pour boire un verre avant de repartir. (Oui, ce paragraphe est purement descriptif et sans grand intérêt.)

Dans son lit, Gaëlle me raconte ses craintes : « Lorsque je dors, je ne ferme pas les yeux et je continue à tout voir. Parfois, je sens une main qui se pose sur mon épaule... Je me retourne, mais je ne vois personne...
— C'est juste un rêve...
— Non, non, car je ne dors pas !
— Un courant d'air alors...
— Non, non, parce qu'un courant d'air n'a pas la forme d'une main, avec des doigts... »

Plus tard, elle refuse de dormir pour une autre raison : elle a peur qu'une araignée vienne sur elle pendant son sommeil. Elle hurle : « J'ai peur des araignées ! J'ai peur des araignées ! » Impossible de la raisonner. Je lui dis que c'est comme ça, qu'on ne peut rien faire et qu'il va falloir qu'elle apprenne à vaincre sa peur ou à vivre avec elle. Puis, je retourne dans le salon et elle s'endort sans problème, curieusement...