Cet après-midi, j'interviewe avec Lodewijk une dame qui a pour nom de famille... Orval !
Je passe les deux premières semaines de juillet chez mes parents. Chaque matin, je parcours à pied les quelque trois kilomètres qui séparent la maison, nichée dans les hauteurs boisées du village, de la gare, presque située en bord de Sambre. — Marcher sur un chemin de campagne le matin engendre une réflexion plus nourrie, et plus saine aussi.
Autre train, autres têtes !
Durant le voyage d'accueil du Cercle d'histoire de l'ULB, en octobre 1999, un camarade historien avait affirmé son déisme, à la manière de Voltaire : « Je suis déiste, expliqua-t-il plus ou moins en ces termes, parce que je pense qu'il est impossible qu'un univers aussi structuré et harmonieux que le nôtre ait été créé ex nihilo, sans un créateur qui a décidé, du moins au départ, de sa forme ! » — Toujours la même question : si une intelligence supérieure a créé ce Monde, fût-ce un horloger non-interventionniste, quelle serait donc l'origine de son existence, à lui ? Élever la structure et l'harmonie d'un niveau (comme de mille d'ailleurs) ne répond à aucune question.
Aujourd'hui, si l'on me demandait pourquoi je suis athée, je répondrais sans doute de façon différente qu'il y a dix ans. Ma réponse se bornerait désormais à quelque chose comme : « Quel intérêt y a-t-il à imaginer un invisible niveau supplémentaire ? »
On pourrait dire que je suis aujourd'hui en paix avec mon athéisme, que je n'ai plus besoin de le défendre avec virulence.
On est souvent athée (ou croyant) de la même façon qu'on est de gauche (ou de droite). On acquiert ce système de pensée de manière presque animale, par l'éducation et quelques premières rencontres décisives, puis seulement, bien des années plus tard, on essaie de lui donner une base idéologique par la réflexion, voire de convaincre les autres par la dialectique ou la rhétorique.
Mon article sur la chasse au trésor est complètement dénué d'intérêt. — Faute avouée, à moitié pardonnée ?
Goethe, sur l'invention : « La joie de la première perception, de ce que l'on appelle la découverte, personne ne peut nous la prendre. Mais ne réclamons pas trop d'honneur pour autant, il pourrait être bien mince ; car en général nous ne sommes jamais les premiers. » Paragraphe suivant : « Que veut dire d'ailleurs inventer, et qui peut dire qu'il a inventé ceci ou cela ? Tout comme c'est une vraie sottise de dire qu'on est le premier, c'est être bien présomptueux et avoir bien peu de conscience que de ne pas vouloir se reconnaître comme plagiaire. »
L'écriture est un gigantesque plagiat. Puisque « rien ne sort de rien » (Alcée), il faut bien que ce que j'écris sorte de quelque part, et ce quelque part ne peut être mon esprit à lui tout seul.
Laurent Louis, ex-guignol du Parti populaire, ressemble à Lytle : même bouille enfantine, même air candide !
Se méfier des phrases qui commencent par « Il est évident que » et finissent par « moi, je vous le dis ! » — Il est évident que de telles phrases cachent un malaise latent, moi je vous le dis !
Le patron de l'Espress « Oh » Juice, lisant le journal La Meuse de ce matin : « Y a un gars qui s'est fait flasher à 280 km/h. » Il me regarde, hausse un sourcil et fait une grimace : « 280 km/h... C'est quand même beaucoup... »
Je m'assieds sur le sol de la gare des Guillemins, attendant ma correspondance. J'ouvre le petit ordinateur de Léandra (dont je viens de remplacer le clavier) pour noter quelques idées... Dans ma main gauche, un café bouillant. — Hamilton, bougre d'idiot, je t'ordonne de poser ce café IMMÉDIATEMENT !
Si seulement j'étais moins fainéant ! — Mais si, tout au cours de mon existence, j'avais été moins fainéant, peut-être aurais-je été plus bête aussi ? Car c'est la volonté d'en faire le moins possible, inventant sans cesse mille stratagèmes pour me débarrasser rapidement des banalités pratiques de la vie en société, qui a fait de moi ce que je suis aujourd'hui. (Un inadapté social ?)
Il n'en faudrait vraiment pas beaucoup en ce moment pour que je revienne à une vie normale. D'aucuns imaginent qu'il y a un énorme gouffre entre le bien-être et l'inadaptation sociale mais je sais, par expérience, que je peux passer très vite de l'un à l'autre. La question serait plutôt : « En ai-je réellement envie ? »
Curieux élancements dans le bas du dos et espoir que ce ne soit pas le signe avant-coureur d'un calcul rénal !
J'envoie un message à mes propriétaires pour les prévenir qu'une nouvelle occupante (Mary) habitera normalement bientôt dans l'appartement qu'ils me louent, sans aucune autre précision... Assez comiquement, la dame me félicite ! — Le poids des convenances : si un trentenaire partage son appartement avec une femme, c'est qu'il est forcément en couple avec celle-ci (et il faut le féliciter pour cette « réussite »).
« Concentré, je répétais en moi-même : "Tout mouvement n'est qu'illusion."
Soudain il m'apparut qu'il existait un système de références dans lequel tout mouvement est une illusion : le simulateur lui-même ! Les unités subjectives s'imaginent agir dans un milieu physique. Mais elles ne vont littéralement nulle part. Lorsqu'une unité de réaction (...) "marche" d'un immeuble à un autre, la seule chose qui intervienne, en réalité, ce sont des courants simulectroniques qui "pompent", par l'intermédiaire d'une grille et de transducteurs, des "expériences" illusoires dans un tambour mémoriel. »
« L'illusion de la réalité était si complète. Les plus petits détails avaient été méticuleusement prévus. Là-haut, Il n'avait guère lésiné sur les enjolivements de Son simulateur. Il n'avait laissé échappé que quelques minuscules et imperceptibles contradictions.
En regardant mon ciel constellé, j'essayai d'apercevoir la réalité absolue au-delà de l'illusion universelle. Mais le Monde Réel n'était dans aucune direction précise par rapport au mien. Ils formaient deux univers différents, dont aucun n'était contenu dans l'autre. Et pourtant, ce Monde Réel était partout autour de moi, caché par un voile électronique. »(Daniel F. Galouye, Simulacron 3, 1964.)
En fin de compte, me ressaisissant, je lui poserais cette ultime question : « Quand bien même ce serait vrai, qu'est-ce qui te fait dire que tu n'es pas toi aussi le pion de manipulateurs plus élevés que toi ? » Et il me répondrait : « C'est impossible à savoir, mais je n'ai jamais observé un événement qui m'amènerait à penser que c'est le cas... » Nous voilà bien avancés !
1) « Avant, je portais des fruits. » : le deuxième message est caché dans le vieux prunier à la limite de la propriété, mort depuis peu, dont on a laissé le tronc mais coupé les branches supérieures.2) « Quelques pas au Sud... "Aïe, ça pique !" » : le mahonia de la petite pelouse, qui jouxte la grande cour.3) « Trouve le bon bout dans le parking ! » : un rondin de bois parmi des centaines, dans un recoin du parking.4) « Quelqu'un de ma famille pleure beaucoup... » : le saule marsault dans la grande pelouse. (Il y a deux saules chez mes parents : un grand saule pleureur et un saule marsault ; Gaëlle le sait bien et elle trouve donc tout de suite l'indice suivant.)5) « Ding dong ! » : l'intérieur d'une des deux petites cloches de bronze à côté de la porte d'entrée de la maison de ma tante, qui contient le prochain indice ainsi qu'un petit coffret dans lequel se trouvent deux minuscules clés.6) « Dans un transporteur. » : une des petites brouettes de Gaëlle, dans la remise à jouets.7) « J'ai perdu quatorze de mes cousins. » : un des sapins de la grande pelouse (quatorze épicéas ont récemment été coupés, à l'avant du jardin).8) « Fais péter le bon ! » : l'intérieur d'un des ballons attachés au saule marsault susmentionné.9) « Je me balance... » : la balançoire (ben voyons...).10) « Si tu es fatiguée, repose-toi sur du bleu. » : une des chaises bleues de la grande cour.11) « Si tu me coffres, le trésor est à toi ! » : le coffre de la voiture de ma mère.
Il serait éminemment comique que je fasse un jour une liste non exhaustive de tous ces objets et personnes sur lesquels j'ai renversé une boisson : mon plus grand moment de solitude fut sans doute cet instant mémorable où j'ai balancé par inadvertance l'entièreté de mon verre de Leffe blonde sur un pote qui n'avait rien demandé... Heureusement, si l'on en croit Zénon d'Élée, tout mouvement est une illusion, donc cette bière n'a en fait jamais atteint le visage de sa cible. (Mais oui, mais oui...)