Archives annuelles : 2012
Chavagnac
« Mais je suis petit ! »
Le summum de la vulgarité et du machisme au Quick des Guillemins en cette fin d'après-midi. Rejetant son hamburger : « Ça fait trop longtemps qu'il est là, p'tain. Tu m'en fais un autre, maintenant ! » (Le s'il vous plaît est en option ?) « J'en ai rien à foutre que t'es étudiante. J'en veux pas, de ton hamburger pourri ! » La responsable arrive : « Il peut rester là pendant quinze minutes, Monsieur. C'est la règle. Et vous nous parlez sur un autre ton, s'il vous plaît... » « Tu me rembourses, maintenant ! », puis, se sentant dans son bon droit : « Je t'ai parlé gentiment, et tu m'agresses. C'est quoi ton problème, la meuf ? » — C'eût été tellement plus simple de demander un autre hamburger poliment, sans aucun rapport de force... Un quart d'heure plus tard, j'en tremble encore d'indignation.
(Il s'agit d'une simplification de la réalité car le problème est plutôt que je ne me sens à ma place nulle part.)
17§
17§
Les petits paragraphes dominicaux (7)
Les plus belles moustaches de Londres sont belges
« Dès que j'ai appris votre arrivée, je me suis dit : il va sûrement se passer quelque chose. Comme autrefois, nous allons faire ensemble la chasse au malfaiteur. Mais nous ne nous contenterons point d'un crime ordinaire. Il nous faut quelque chose de rare... de recherché... de fin... » (Hercule Poirot*)
L'influence d'Agatha Christie est énorme aujourd'hui encore, jusque dans les séries policières (plus ou moins) actuelles. Par exemple, quand je regarde un épisode de Monk, je ne peux m'empêcher de voir à chaque instant un Hercule Poirot dont un malin génie aurait enlevé la confiance mais laissé l'esprit d'analyse. Dans un registre plus éloigné, je retrouve chez le lieutenant Columbo des caractéristiques du grand Hercule (oui, oui !), particulièrement celle qui consiste à prendre sa revanche sur ces vantards qui le prennent pour un sot. Un exemple ? Poirot : « Vous vous flattez de votre supériorité d'insulaire. Quant à moi, je considère que votre crime est indigne d'un Anglais, il est bas et n'a rien de sportif... » Columbo : « Affaire toute simple, je vous le répète. Je ne suis pas plus intelligent qu'un autre, Monsieur. Mais je peux dire que vous, en revanche, vous m'avez déçu par votre amateurisme, en laissant derrière vous des indices de toutes sortes, à la pelle : le mobile, l'opportunité... Et pour un homme de votre intelligence, Monsieur, vous vous êtes empêtré jusqu'au cou dans vos mensonges. Une vraie désolation ! » (Jeu de mots/How to Dial a Murder, 1978***).
À personnage extraordinaire, acteur extraordinaire... Comment ne pas mentionner ici celui qui a incarné à la perfection le plus grand des détectives belges de fiction ? Son nom : David Suchet, dans la récente série Agatha Christie's Poirot. Hercule Poirot, désormais, c'est lui, et lui seul ! Rarement un acteur de série a collé à ce point à un personnage de roman. La moustache, l'accent, la méticulosité, l'air précieux, le regard vif, l'humour acerbe, tout y est !
La série est devenue tellement culte que le non moins génial duo comique britannique Mitchell and Webb lui a consacré un pastiche haut en couleur... (Ils sont très forts aussi, ceux-là, en matière d'imitation !)
** Il existe une kyrielle d'auteurs de S.-F. qui ont été, à un moment ou à un autre, comparés à des auteurs « classiques » : Frank Herbert/Léon Tolstoï, John Brunner/John Dos Passos, etc.
*** La référence à Rosebud, c'est dans celui-là !
Le pigeon magique, la licorne et le poney
Lames acérées
La dame de Haute-Savoie. — Au retour du boulot, à la gare du Midi, j'effectue une partie du trajet avec Epiphany. « Mais au fait, me demande-t-elle, tu fais quoi comme travail exactement ?
— Euh... Eh bien, on est une petite équipe, donc je fais beaucoup de choses...
— C'est-à-dire ?
(C'est toujours aussi difficile d'expliquer ce que je fais dans la vie, en grande partie parce que je considère que tout cela n'a pas beaucoup d'intérêt, à tout le moins pour les autres.)
— Là, je fais de la recherche, en quelque sorte, mais parfois, je suis dans l'archivistique... Et quand j'ai été engagé, je me suis occupé du site Web de l'institution...
— Ha oui, moi aussi, je me suis occupée du premier site Web à mon boulot... »
Epiphany m'explique qu'elle a fait ses études en France dans le domaine des sciences et technologies de l'information et de la communication. Je le savais déjà mais, dans un détestable accès de malhonnêteté, je fais semblant de le découvrir.
« Tu viens d'où en France ?
— De Haute-Savoie.
— Et tu comptes rester en Belgique ?
— Non... Rien ne presse, mais je pense que je vais retourner dans ma région, un de ces jours...
— C'est plus joli, la Haute-Savoie, hein ?
— Oui et en plus, ici, il n'arrête pas de pleuvoir ! Ça ne donne pas envie de rester...
— Il faut sans doute être né en Belgique pour supporter ce climat...
(Hamilton est en mode « J'énonce des banalités »...)
— Oui, sans doute ! Cela dit, trouver un boulot comme celui que j'ai actuellement à Liège, ce ne sera pas facile là-bas, à mon avis...
— Bah !
— C'est quand même vachement paumé, tu sais !
— Oui, mais aujourd'hui, le monde est information ! Tu pourras donc toujours trouver un travail dans ce domaine... »
(... et il continue en plus !)
Écran géant. — Ils ont aussi installé un écran géant dans la salle principale du Potemkine ! Je suis maudit, maudit, maudit... Je m'installe avec le petit ordinateur (et son clavier de secours) en hauteur, dans les coursives. J'écris l'un ou l'autre paragraphe, sans vraiment arriver à me concentrer. La chaleur des spots est accablante, le public commence à remplir tout l'espace du café... Je me dis que l'horrible vision des supporters en rut est sur le point de (re)commencer et je préfère donc rentrer tranquillement chez moi. Tout au plus entendrai-je quelques klaxons à travers le double vitrage de ma chambre (rien de bien méchant donc).
