Archives annuelles : 2012

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Chère M.,

« La nature, dans son strict dépouillement, est le plus beau des tableaux », disait l'autre. Je reviens d'un périple à vélo à la chute Montmorency et qu'ai-je gardé avant tout comme image du parcours ? Celle de ces dizaines de canards barbotant dans les eaux vaseuses côtoyant le littoral du Saint-Laurent, séparés du fleuve par... une voie rapide (hé oui !). J'espère que tu as pris tes marques dans mon notre appartement — et aussi que tu n'as pas tout salopé. De notre côté, Flippo et moi voyageons d'auberge en auberge : d'abord Montréal, en ce moment Québec, et demain Tadoussac ! Nous rencontrons plein de gens, le dernier en date étant un vieil Allemand pas très propre du nom de Horst (ça ne s'invente pas), qui va occuper le lit d'à côté.

Bisous,
H. 

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Chère C.,

J'espère que tout va bien à Lyon. Je reviens à l'instant d'une balade nocturne en solitaire sur la Promenade des Gouverneurs, à Québec. L'air était si doux... C'était d'un magique et d'un romantique ! (J'étais d'ailleurs sans doute le seul couillon sur toute la jetée à ne pas être tendrement accompagné.) Sur le trajet, un vieux bluesman discret grattait doucement une guitare folk, parfois sifflotant, parfois chantant une mélodie mélancolique... Si mélancolique qu'elle aurait fait chialer le pire des traders— Enfin, peut-être. Plus loin, sous un kiosque, un saxophoniste égaré... Ces deux-là ne semblaient pas jouer pour de l'argent mais simplement pour rendre hommage à l'ambiance nocturne. Pour couronner le tout, cette Lune ascendante qui prenait son envol derrière les lumières de Lévis, la ville d'en face, de l'autre côté du Saint-Laurent. Sa couleur fluctuait entre le roux et le rouge sanguin... Il paraît que c'est lié à l'absorption d'une partie du spectre lumineux par l'atmosphère terrestre, mais va-t-en expliquer la beauté de cet instant estival avec des principes d'optique !

Je t'embrasse,
H.

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Cher F.,

Tout d'abord, bon anniversaire ! Je suis pour l'instant tranquillement installé dans la cour intérieure de l'Auberge internationale de Québec. Flippo et moi revenons d'une petite excursion dans la vieille ville... Ça n'arrêtait pas de monter et de descendre et il y avait des escaliers à chaque coin de rue. Québec ressemble vraiment à une cité européenne en carton-pâte, mélange entre Bruges et Disneyland, mais c'est joli quand même. Le plus impressionnant, c'est la vue imprenable, depuis un promontoire haut perché, sur le fleuve Saint-Laurent, qui commence à s'élargir au nord de Québec pour s'ouvrir en un très vaste estuaire quelques centaines de kilomètres plus loin. Aucune photographie ne peut rendre cette vue à sa juste valeur... Hier, nous avons lié connaissance avec différentes personnes au bar de l'Auberge : le barman, un jeune États-Unien qui a déjà pas mal bourlingué (il a voyagé en Europe notamment) ; un Français informaticien, caricature du... Français informaticien (un peu grande gueule) ; et des Québecois. L'un d'eux m'a expliqué qu'il avait un accent « standard » comparé à celui de « ceux de la campagne », dont il a tenté une imitation. Un Québécois qui imite l'accent québécois, ça donne quelque chose de très drôle mais aussi de totalement... hem... incompréhensible.

À bientôt !
H.

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Chère M.,

J'espère que tes vacances dans les brumeuses Cornouailles se déroulent dans la bonne humeur... Ici, au Québec, tout va bien, excepté que je suis toujours tenaillé par ces maudits et bizarres maux de ventre. (Mais tu n'es pas au courant, et c'est tant mieux d'ailleurs, car te connaissant tu me dirais de courir aux urgences avant que « tout n'explose »). Ce matin, avec Flippo, je suis allé visiter le Centre d'histoire de Montréal. L'exposition permanente du rez-de-chaussée est pour le moins décevante (cinq siècles de vie sont esquissés en seulement cinq petites zones). Heureusement, les expositions temporaires des premier et second étages épargnent ce musée de la totale déception. La première s'intéresse aux quartiers de Montréal qui ont disparu, démolis par les nouveaux projets immobiliers (on se croirait à Bruxelles !) : l'ancien quartier chaud (le « Red Light »), le « Faubourg à m'lasse »... On écoute avec attention les témoignages oraux de gens qui, gamins, ont vécu entre les prostituées et les gangsters ! La seconde s'intéresse brièvement à l'immigration montréalaise : on croise entre autres le témoignage d'un Mexicain, d'une Palestinienne, d'une Iranienne, d'un Pakistanais, d'une Rwandaise qui se sont installés au Québec. Se sentent-ils pleinement Québécois ? Ont-ils la nostalgie de leur ancien pays ? C'est toujours beaucoup plus complexe que ça évidemment. La personnalité se forge au gré des expériences, des rencontres et des sociétés croisées en chemin...

Je te laisse : je quitte Montréal pour Québec dans un peu plus d'une heure...

H.

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Chère E.,

Ça fait des mois que nous ne nous sommes plus vus, hein ? Quand je t'ai expliqué que je ne contactais jamais les gens, ce n'était pas un effet d'annonce. Je suis vraiment un gros plouc, au comportement fondamentalement anormal ! Bref. Je t'écris depuis l'Auberge alternative du Vieux-Montréal. Je pense à toi en ce moment parce qu'ils passent en boucle Les Cowboys Fringants icitte, notamment la très belle « Les étoiles filantes »... « Si je m'arrête un instant pour te parler de la vie, je constate que bien souvent, on choisit pas mais on subit... » — Aujourd'hui, pas d'avions en papier qui partent au vent, mais des parapentes aux couleurs du Québec lâchés depuis un quadrimoteur au-dessus du Vieux-Port !

Amicalement,
H.
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Chère A.,

Voilà-t-y pas que Flippo et moi essayons de suivre vos pas sur les routes de la Belle Province ! Oh, pas de la même manière que vous... Pas de « Seashack » ni de Gaspésie pour nous, ni encore de gros sacs à dos, ni enfin de « pouce » (nous avons été acheter tous nos billets de bus ce matin à la gare d'autocars, pour la modique somme de... 186,31 dollars canadiens très exactement — c'est cher mais le guichetier était sympa). Ce voyage, nous le faisons un peu plus « pépère » que vous, donc : tours dans le Vieux-Montréal, passage par Berri-UQAM, balade dans un quartier un peu plus « British », pas loin du mont Royal et à deux pas de l'université McGill (la zone, plutôt jolie, a été colonisée par de riches Anglais, et Écossais aussi). Ce midi, nous avons été manger aux « Trois Brasseurs » (je sais que ni toi ni Zapata ne trouvez ce restaurant bon), puis boire un verre à « L'amère à boire » (une microbrasserie de la rue Saint-Denis qui, par contre, vous plairait déjà sans doute beaucoup plus).

A+ et désolé de ne pas pouvoir être là le 15 !

H.

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Cher Z.,

Figure-toi que je suis rentré dans une librairie de la rue Saint-Denis ce matin (du nom de « Mona lisait ») et que la petite libraire, voyant que je fouinais dans le rayon « Philosophie », m'a proposé une série de livres... Elle commence par me montrer quatre nouveautés, dont Le Cahier bleu et le Cahier brun... Je lui ai répondu : « Ha ! Wittgenstein ! J'adore mais je l'ai déjà, celui-là ! » Elle me dit : « Vous avez vraiment raison d'adorer ! » Je ne saurai jamais si elle était sincère ou seulement commerçante. Toujours est-il qu'elle me montre un autre livre et qu'elle a le don pour trouver ce qui m'intéresse : Petit cours d'autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon. « Ha, celui-là aussi, je connais, dis-je. Normand Baillargeon, anarchiste québécois, proche de Chomsky... Je connais, mais je n'ai pas ce livre. » Je ne voulais rien acheter, mais je ressors en fin de compte avec ledit cours ainsi que deux autres petits livres de poche écrits par des philosophes québécois (faudra que je t'en reparle un de ces jours). Bon, sinon, là, Flippo et moi résidons jusqu'à demain à l'Auberge alternative du Vieux-Montréal et arrivons aisément à comprendre ce que tu as aimé dans cet endroit. C'est alternatif jusque dans la poubelle à compost qu'ils mettent dans la cuisine...

À bientôt ! On boira une bière à ta santé !
H.

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Chère L.,

Je t'écris ce message affalé dans un des divans de la jolie Auberge alternative du Vieux-Montréal. Après un lever à quatre heures du matin, une longue attente à l'Aéroport de Bruxelles, un voyage en avion d'une durée de 7 heures et 42 minutes — ils sont précis, les pilotes de cette compagnie ! —, une autre attente à la douane de l'Aéroport Pierre Elliott Trudeau (« Où allez-vous ? », « Quand partez-vous ? », « Quel métier exercez-vous en Belgique ? », « Où logerez-vous ? ») et enfin un voyage en bus jusqu'au centre-ville, Flippo et moi avons enfin pu déposer nos valises à ladite Auberge. Nous y avons été accueillis avec le sourire — ça se passe toujours comme ça, ici — et avec quelques explications : nous dormirons dans un dortoir assez confortable pour vingt personnes (« la salle bleue », qu'ils l'appellent) et avons libre accès à une salle commune bien sympathique. Le café y est gratuit et à volonté, le Wi-Fi ouvert et la cuisine à notre disposition. Décalage horaire oblige, je ne suis pas assez en forme pour lier connaissance avec qui que ce soit. Faut dire aussi qu'ils sont tous penchés sur leur ordinateur ! — Sauf un anglophone qui s'essaie à la guitare, mais même lui a un PC portable ouvert devant lui !

Je te laisse car il est presque 22 heures, soit 4 heures du matin en Belgique ! On se retrouvera à l'Auberge dans environ douze jours...

H.

Les bagages de l'écriture

Un conseil de Léandra, alors que nous mangeons à la Porteuse d'Eau : « Si tu veux être tranquille durant ton voyage au Québec et ne pas courir après le retard de publication sur ton blog, tu n'as qu'à écrire un ou deux haïkus pour les quelques jours restants. De cette manière, tu seras tranquille demain pour le départ !
— Mais c'est céder à la facilité, ça, non ?
— Bah ! Personne ne t'en tiendra rigueur ! »
(C'est vrai que ce serait encore pire si je n'écrivais qu'un seul petit paragraphe sous forme de discussion... — Mais je ne peux décemment pas être aussi je-m'en-foutiste dans mon journal !)

Vert, bleu et blanc

Forêt du Québec
Se reflète dans les eaux claires.
L'érable en été.

* * *

Le béluga suit
Les sillages du traversier
Dans le bleu du fjord.